ONU: la bataille pour la succession de Guterres entre dans sa phase décisive
Bangui 22 avril 2026—(Afrique Diplomatie) : Alors que les auditions des candidats au poste de Secrétaire général des Nations unies s’achèvent ce mercredi, la course pour succéder à António Guterres entre dans une phase hautement stratégique. Les « dialogues interactifs » avec les 193 États membres marquent une étape clé d’un processus où, au-delà des profils, ce sont les équilibres géopolitiques qui détermineront l’issue.
Quatre personnalités dominent cette dernière ligne droite, chacune incarnant des dynamiques diplomatiques distinctes.L’ancien président sénégalais Macky Sall mise sur son expérience de chef d’État pour s’imposer. Toutefois, sa candidature apparaît fragilisée par une réalité diplomatique de taille.
Elle ne bénéficie ni du soutien officiel de son pays, ni de celui du bloc africain. Portée essentiellement par le Burundi, actuellement à la tête de la présidence tournante de l’Union africaine, elle peine à s’inscrire dans une dynamique continentale cohérente, un élément pourtant souvent déterminant dans ce type de scrutin.
Face à lui, l’Amérique latine avance en ordre plus structuré, portée par l’argument de la rotation géographique, jamais encore favorable à la région pour ce poste. Rebecca Grynspan, actuelle cheffe de la CNUCED, incarne un profil technocratique solide, familier des rouages onusiens et apprécié pour sa capacité de consensus.
Sa candidature pourrait séduire les États en quête de stabilité et de continuité dans la gouvernance multilatérale.Autre figure de poids, Michelle Bachelet dispose d’une stature internationale affirmée. Première femme élue à la tête du Chili et ancienne Haute-Commissaire aux droits de l’homme, elle bénéficie d’un double capital politique et symbolique.
Dans un contexte où de nombreux États militent pour l’élection de la première femme à la tête de l’ONU, sa candidature gagne en résonance. Néanmoins, ses prises de position passées, notamment sur la question des Ouïghours, pourraient constituer un point de friction avec Chine, membre permanent du Conseil de sécurité disposant d’un droit de veto.
Enfin, Rafael Grossi se distingue par un profil plus technique, forgé à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Habitué des dossiers sensibles, du nucléaire iranien à la guerre en Ukraine, il apparaît comme un candidat de compromis potentiel, susceptible de rassurer les grandes puissances dans un contexte international marqué par de fortes tensions.Car, en définitive, la décision ne se jouera pas uniquement dans les salles d’audition.
Elle se déplacera vers les tractations feutrées du Conseil de sécurité des Nations unies, où les cinq membres permanents, États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France, disposent du pouvoir décisif du veto. Dans ce jeu d’équilibre, le futur Secrétaire général devra être moins celui qui convainc le plus que celui qui dérange le moins.
Entre revendication d’une représentation féminine, logique de rotation géographique et rivalités entre grandes puissances, cette succession s’annonce comme un test majeur pour le multilatéralisme. Plus qu’un simple choix de personnalité, elle reflétera l’état des rapports de force au sein de la gouvernance mondiale.
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