Anicet Georges Dologuélé ou la politique de la plainte permanente en Centrafrique 

Anicet Georges Dologuelé, homme politique centrafricain

Anicet Georges Dologuélé ou la politique de la plainte permanente en Centrafrique 

Bangui 8 mai 2026—(Afrique Diplomatie): Chez Anicet-Georges Dologuélé, chaque revers semble désormais appeler le même scénario: dénonciation, indignation et accusation contre le pouvoir en place. Sa conférence de presse du 6 mai dernier au siège de l’URCA n’a pas échappé à cette mécanique bien rodée. Au centre de sa colère, la confiscation de son passeport diplomatique à l’aéroport de Bangui. 

Un épisode qu’il présente comme une nouvelle preuve de « dérive autoritaire » du régime du président Touadéra. Pourtant, derrière le bruit politique, les faits juridiques demeurent têtus. Car la question de la nationalité de l’ancien Premier ministre n’a rien d’un débat improvisé. La loi centrafricaine est connue, claire et ancienne : l’acquisition volontaire d’une nationalité étrangère entraîne la perte de la nationalité centrafricaine. 

Cette disposition, inscrite dans le code de nationalité de 1961, a été réaffirmée par la Constitution du 30 août 2023 qui insiste sur le caractère exclusif de la nationalité centrafricaine. En d’autres termes, renoncer aujourd’hui à la nationalité française ne suffit pas à effacer automatiquement les conséquences juridiques d’un choix effectué il y a plusieurs décennies. Une procédure de réintégration existe et doit être respectée. Dologuélé le sait parfaitement.

Mais plutôt que d’emprunter la voie administrative prévue par les textes, l’opposant préfère transformer ce dossier en bataille politique. Une posture devenue récurrente. À chaque difficulté, le pouvoir serait responsable ; à chaque obstacle, il faudrait voir la main d’une prétendue dictature. Le mot est fort, mais son usage devient de plus en plus fragile lorsqu’on observe les réalités politiques récentes du pays.

Comment parler de dictature lorsqu’un opposant peut se présenter librement à l’élection présidentielle, battre campagne, accéder aux médias et contester publiquement les institutions ? 

Anicet-Georges Dologuélé a participé au scrutin présidentiel de décembre dernier après validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel. Il a simplement perdu dans les urnes, très largement, face au président sortant.

Mais au lieu d’analyser les raisons politiques de cet échec électoral, l’ancien Premier ministre semble avoir choisi une autre stratégie : contester systématiquement le cadre du jeu démocratique dès lors que celui-ci ne lui est pas favorable.

Le même schéma se répète aujourd’hui autour des élections législatives. Avant même la proclamation officielle des résultats, l’opposant évoque déjà des procès-verbaux disparus et laisse planer des soupçons sur le scrutin dans sa circonscription de Bocaranga. Pourtant, ce réflexe de contestation anticipée n’est pas nouveau. 

Pression médiatique et la dramatisation politique

Lors de la présidentielle déjà, ses annonces prématurées de victoire avaient provoqué un rappel à l’ordre de l’Autorité nationale des élections. Là encore, au lieu de privilégier les recours légaux, la stratégie semble davantage orientée vers la pression médiatique et la dramatisation politique.

Plus troublant encore, certaines contradictions fragilisent son argumentaire. D’un côté, Dologuélé affirme être traité comme un apatride ; de l’autre, il reconnaît avoir circulé avec des documents d’identité centrafricains et être resté inscrit sur les listes électorales. Une incohérence qui interroge nécessairement sur la solidité du discours victimaire entretenu autour de cette affaire.

Son interprétation des déplacements du président Touadéra à Bocaranga relève également d’une lecture très politique des événements. Voir dans chaque visite officielle du chef de l’État une opération personnelle dirigée contre lui revient peut-être à se placer au centre d’un affrontement dont les enjeux dépassent largement une seule figure de l’opposition. Dans des zones encore fragilisées par les défis sécuritaires, les déplacements des autorités répondent aussi à des impératifs d’État.

Au fond, le problème de Dologuélé est peut-être moins juridique que politique. À force de se présenter comme victime permanente d’un système, l’ancien Premier ministre donne l’impression de s’éloigner des préoccupations réelles des Centrafricains.

Pendant qu’il concentre sa communication sur ses démêlés administratifs et électoraux, la population continue d’attendre des réponses concrètes sur la sécurité, le pouvoir d’achat ou les conditions de vie.

L’opposition a besoin d’un projet crédible et d’un discours mobilisateur. Elle ne peut durablement se résumer à une succession de plaintes, de suspicions et de contestations. À vouloir faire de chaque difficulté personnelle un combat national, Anicet-Georges Dologuélé prend le risque d’alimenter davantage la lassitude que l’adhésion.

Partager ce contenu

Laisser un commentaire